La Crique Fouillée
15 septembre 2025
Le canal est « fouillé » (creusé) à l’été 1736, en moins de quatre mois, par ordre du gouverneur Lamirande qui possédait une habitation à Matoury. Il voulait ainsi éviter le long trajet de
contournement de l’île de Cayenne, soit un aller-retour de 18h, en créant un canal parallèle à la mer, d’est en ouest, sur plus de 12 km. Le canal a ainsi permis de réduire le trajet à 2 ou 3h de pirogue. Son creusement a été dirigé par l’ingénieur Cresnay ; tous les habitants ont eu l’obligation de fournir des esclaves.
Au XVIIIe siècle, il n’y a qu’une dizaine de ponts en charpente sur le chemin entre Cayenne et Rémire, Matoury et Macouria. Des postes de douane y sont installés pour le contrôle des marchandises et la circulation des esclaves. Des bacs en bois sont utilisés pour permettre la traversée des fleuves pour les marchandises et le bétail.
A partir de 1789, les règlements des chemins imposent une corvée d’esclaves pour son entretien car le canal est régulièrement envahi par la vase et la végétation, empêchant la circulation des canots. L’obligation de corvées est régulièrement rappelée aux habitants tout au long du XIXe siècle.
Après l’abolition de l’esclavage l’entretien du canal est irrégulier. Si à partir de 1856, la main d’oeuvre pénale est employée à l’entretien de la crique Fouillée, en 1872 la colonie passe la commande d’une machine pour curer le canal en remplacement de la main d’oeuvre humaine. Cependant, cette machine ne sera jamais montée et petit à petit le canal est abandonné, seules quelques pirogues y circulent. Les chalands prennent la rivière du Tour de l’île ou le Mahury pour rejoindre le port de Cayenne. L’abandon définitif de l’usage du canal dans les années 1930 a entraîné l’envasement progressif de la crique et a favorisé la prolifération du moustique anophèle vecteur du paludisme. En 1984, des travaux de réouverture du canal sont entrepris dans le cadre d’un programme d’assainissement du bassin de Rémire. Ces travaux ont consisté à déforester et à faucarder la végétation qui avait envahi le lit
du canal.
Ces travaux sont accompagnés d’un projet touristique induisant un élargissement du canal à 5 m, un approfondissement d’un mètre (gabarit 8 m) et la
réalisation d’un chemin de servitude (5 m de large). Ce projet n’a jamais abouti.